Développement sportif des jeunes

By Philippe Bellefeuille | Opinion

Mar 23

La pratique d’un sport est un élément essentiel qui devrait être présent dans les habitudes de vie de tous et chacun. Le sport nous permet bien certainement de bouger, mais aussi de socialiser tout en s’amusant et en développant notre côté compétitif, ce qui permet le bon développement sportif des jeunes et des moins jeunes.

La plupart des gens comprennent que le sport en général est bon sur plusieurs aspects d’un individu.Peu importe le sport, nous pouvons classifier 5 niveaux d’implications:

  • Récréatif
  • Participation
  • Compétitif
  • Élite
  • Sport de haut niveau

Le niveau récréatif correspond à un niveau où les joueurs jouent tout simplement au sport, sans véritables enjeux. Nous avons qu’à penser à un match de hockey sur une patinoire extérieure ou un groupe d’amis qui jouent au soccer dans un parc.

Le niveau participatif est un niveau où l’on retrouve une organisation du jeu, donc des règlements à suivre avec la plupart du temps des arbitres. Ce niveau correspond aux catégories locales (simple lettre) au hockey, par exemple.

Le niveau compétitif, à la différence du niveau participatif, est caractérisé par une plus grande implication des joueurs. C’est à partir de ce niveau que certains sportifs commencent à s’entraîner plus sérieusement pour leur sport car les participants ont généralement de meilleures aptitudes que dans le niveau participatif. On n’a qu’à penser aux niveaux doubles lettre au hockey.

Le niveau élite est un niveau où le sport est l’une des deux choses les plus importantes pour l’athlète (normalement sport et école). Les athlètes -parce qu’on parle à ce stade-ci d’athlètes- passent une bonne partie de leur temps à s’entraîner spécifiquement pour un sport. La très grande majorité du temps, lorsqu’un athlète atteint ce niveau, il ne pratique qu’un seul sport. Si nous prenons encore l’exemple du hockey, le niveau Midget AAA cadre bien dans cette catégorie.

Le dernier niveau, le sport de haut niveau, correspond à moins de 1% de tous ceux qui pratiquent un sport donné. Lorsqu’un athlète atteint ce niveau, la vie de l’athlète est planifié en fonction du sport pratiqué. Le sport est la chose la plus importante et qui prend le plus de temps dans la vie de l’athlète.

La théorie vs la réalité

Les cinq niveaux mentionnés sont ce que devraient normalement représenter le niveau d’implication du sportif ou athlète par rapport à son niveau de jeu. En théorie, plus un sportif a du talent (et de résilience), plus il réussira à passer à un niveau d’implications supérieur.

Certains diront que c’est le contraire; c’est le niveau d’implication qui fait en sorte que le niveau de jeu augmente. C’est vrai. Par contre, si on regarde la façon dont va le développement sportif au Québec, les choses ne vont pas dans la bonne direction.

En effet, nous voyons de plus en plus de jeunes de 10-11 avoir un niveau d’implication qui ressemble à un niveau élite, ce qui est complètement absurde. Je rappelle qu’à ce niveau, le sport devient l’une des deux choses les plus importantes pour l’athlète. Athlète à 10-11 ans? Ça existe dans certains sports, comme la gymnastique, mais dans la plupart des sports pratiquer par des jeunes de 10 ou 11 ans, ça n’a pas sa place.

Peut ceux qui ne sont pas familiers avec ce qui se passe de nos jours dans le sport mineur, il faut savoir que certains jeunes pratiquent leur sport jusqu’à 10 fois par semaine. Encore une fois, quelques sports individuels demandent une implication très élevée dès un très jeune âge, mais dans les sports d’équipe, ce genre d’implication est totalement inutile et même néfaste pour le développement sportif des jeunes.

Développement sportif des jeunes

On ne peut accoler le terme « athlète » un jeune qui n’est pas presque entièrement dédié à son sport. Or, un jeune de 10 ans devrait avoir d’autres activités (autre(s) sport(s), aller chez ses amis, jouer d’un instrument de musique, jeux vidéos) et ne devrait donc pas être considéré comme un athlète.

La plus grande erreur que les parents font de nos jours est de faire pratiquer un sport à leur jeune avec la même implication que le ferait un athlète élite ou de haut niveau.

Premièrement, pour atteindre le niveau d’athlète, un sportif doit acquérir des qualités athlétiques (ou habiletés motrices) qui ne sont pas nécessairement atteignables en pratiquant qu’un seul sport.

Plusieurs habilités motrices se développent beaucoup plus rapidement en pratiquant un autre sport qui sera utile pour le sport de prédilection du sportif.

Par exemple, un sportif qui joue au baseball l’été développe sa coordination occulo-manuelle, les joueurs de soccer développent leur endurance et leur jeu de pied.

Personnellement, j’ai vu des jeunes de 13-14 ans avec un bon talent au hockey, mais qui attrapent une balle comme un enfant de 5 ans, qui ne sont pas capables de sauter à pieds joints et qui ont l’endurance d’un obèse de 54 ans. Ces jeunes ont tous un point en commun, ils n’ont pratiqué qu’un seul sport dans leur vie.

Deuxièmement, même si un jeune n’a d’intérêt que pour un seul sport, il ne faut pas oublier que c’est un jeune et que ce n’est pas lui qui devrait avoir le dernier mot! Souvent, les jeunes (et mêmes certains adultes) n’aiment pas d’emblée ce qu’ils ne connaissent pas.

Si le seul sport qu’un jeune aime est le seul sport qu’il a toujours pratiquer depuis qu’il est petit, il a de fortes chances qu’il soit réticent à essayer d’autres choses par lui-même. La pire erreur est de développer un jeune vers un sport, c’est plutôt le sport qui est un des nombreux éléments au développement d’un jeune.

Il y a ici une très grande différence entre les deux façons de penser et d’agir.

développement sportif 2

Le modèle américain

Je ne suis pas le plus grand fan des États-Unis. Par contre, s’il y a bien quelque chose qu’ils font exceptionnellement bien, c’est bien le développement sportif des jeunes.

Par exemple, un jeune qui joue au niveau Prep School -le meilleur niveau d’une école secondaire- n’a pas le droit de pratiquer qu’un seul sport. On parle ici d’un niveau où certains joueurs se font repêcher directement dans la LNH.

On ne développe pas seulement que des jeunes spécialisés en un seul sport, on y développe des athlètes.

Ceci a comme effet de, comme mentionné plus haut, développer d’autres habilités motrices, mais aussi d’ouvrir l’esprit en pratiquant un autre sport.

En considérant que moins de 1% des jeunes joueront un match professionnel dans leur carrière, je crois qu’ils ont compris qu’il était mieux de développer des jeunes plus complets sur plusieurs niveaux (sportif, social, académique) que de former des « machines » bonnes pour un seul sport.

Et au Québec…

Au Québec, depuis quelques années, l’arrivée des structures intégrées au hockey, a amené les joueurs à être identifiés et développés comme des joueurs de hockey uniquement.

Comment un jeune de secondaire 1 peut-il jouer au hockey à un volume tel, qu’il n’a pas le temps de pratiquer un autre sport?

En plus de ne pas développer d’autres aptitudes physiques, on prend le risque d’écoeurer les jeunes en leur donnant une charge d’entraînement spécifique à un sport comparable à des athlètes de 17-18 ans.

On parle du hockey ici, mais le même phénomène se produit dans les autres sports.

Malheureusement, les jeunes joueurs sont un peu pris dans cet engrenage. Même si ce serait mieux pour leur développement personnel de pratiquer un autre sport, un jeune qui est au niveau supérieur pour sa catégorie d’âge n’a tout simplement pas le temps de faire d’autres activités sportives.

Et si un joueur décide de ne pas aller dans la catégorie supérieure, il risque d’être catégorisé comme un lâcheur ou un joueur qui n’a pas la volonté de percer.

Cette situation est totalement inacceptable.

En conclusion,

il est donc important pour le développement physique, mais aussi pour le développement mental que les jeunes pratiquent plusieurs activités différentes.

Même les choses qu’on le aime plus au monde peuvent moins nous tenter si on les fait à chaque jour, sans arrêt.

Il y a rien de mieux que de faire d’autres choses, prendre des pauses de quelques semaines pour ensuite revenir plus fort et plus motivé!

About the Author

Phil est préparateur physique, kinésiologue et consultant auprès d'athlètes. Il détient un baccalauréat en kinésiologie ainsi qu'une maîtrise en physiologie de l'exercice. Il est le co-fondateur d'Athletic Science.